Alors que nous étions sur l’île d’Orléans, du côté de Québec, en octobre dernier, nous avons découvert une librairie – Note à la page – où je ne m’attendais pas du tout à en voir une : nous nous trouvions dans un village, Saint-François, où il n’y avait l’air d’avoir aucun magasin, à côté d’une toute petite église. J’ai acheté divers romans d’occasion d’auteurs québécois dont les noms m’étaient familiers. Comme Gabrielle Roy, par exemple. Et puis j’ai demandé au libraire de me conseiller un roman – toujours québécois – paru récemment. Il m’a alors tendu – sans hésiter – ce roman-là :
Nikolski
Nicolas Dickner
Alto – 2007
Sans le savoir à l’époque, j’achetai un roman paru chez un éditeur qui, depuis, est devenu un des éditeurs québécois que j’affectionne tout particulièrement, aussi bien pour la qualité des textes publiés (Les carnets de Douglas de Christine Eddie, Parfum de poussière de Rawi Hage) que pour le format et les couvertures de leurs livres.
Vous allez me dire : « Et depuis octobre dernier, c’est-à-dire depuis 11 mois, ce livre était dans ta PAL ? Pourquoi le ressortir maintenant ? » Pourquoi ? Tout simplement, encore une fois, parce que l’auteur, Nicolas Dickner, sera présent au Festival America !
Mais passons aux choses sérieuses…
Nikolski, c’est le nom d’un « minuscule village habité par 36 personnes, 5000 moutons et une nombre indéterminé de chiens. » (p.21) Ce village est situé sur l’île Umnak, une des îles Aléoutiennes d’Alaska. C’est aussi le nom que le premier narrateur – dont on ne connaîtra jamais le nom – donnera à un compas de marine miniature offert par son père, Jonas Doucet. C’est la seule chose qui le lie à ce « géniteur évanescent » (p.18), avec aussi quelques cartes postales aux hiéroglyphes indéchiffrables.
Jonas Doucet est aussi le géniteur de Noah qui vit dans une roulotte avec sa mère, indienne. Ils sont tout le temps sur les routes. Les seuls souvenirs que Noah à de ce père, ce sont – encore une fois – des cartes postales, ainsi que le Livre sans visage, « un livre difforme oublié par Jonas lors de son départ précipité. » (p.37), un livre unique, décousu, sans couverture, qui a voyagé, été volé, oublié, échangé.
Et puis il y a Joyce, qui vit dans un minuscule village qui s’appelle Tête-à-la-Baleine. Sa mère est morte peu de temps après sa naissance, elle a longtemps vécu seule avec son père qui n’a jamais voulu se remarier, entourée de ses oncles. Elle vit maintenant chez un oncle et une tante, qui l’hébergent le temps de la polyvalente. Le nom de famille de la mère de Joyce ? Doucet ! Sa mère était la soeur de Jonas Doucet.
Pendant 10 ans, de 1989 à 1999, nous allons suivre ces trois jeunes gens qui n’ont pas encore vingt ans en 1989. Le narrateur sans nom dans sa librairie d’occasion de Montréal ; Noah qui décide d’aller étudier à Montréal ; Joyce qui fugue à Montréal pour devenir pirate. Ces trois destins vont se croiser pendant ces 10 années. Pourtant ils ne connaissent pas le lien qui les unit, ne savent pas qu’ils sont de la même famille, frères, cousins-cousine.
C’est un récit tout en pudeur que fait Nicolas Dickner. Il nous en dit juste assez pour qu’on s’attache à ces personnages et à leur vie, mais sans en dire trop. Je trouve vraiment que le mot “pudeur” colle à ce roman ! Comme une évidence. Et on se laisse porter.
Ce roman semble être un lien entre le passé – à travers les anciens qui apparaissent dans ce roman, qu’ils soient indiens, pêcheurs, etc. – et le présent – avec ces trois jeunes québécois qui vont tous se retrouver à Montréal, ville cosmopolite. Je ne sais pas ce qu’en pensent mes amis-blogueurs québécois, mais c’est ainsi que je le perçois.
Et pour finir, je trouve la plume de Nicolas Dickner vraiment délicieuse.
C’est donc un roman que je vous recommande !
Et pour ma part, je suis curieuse de découvrir son prochain roman !
Retrouvez aussi l’avis de Danaée (qui a aimé, mais avec un mais qui pour moi est ce qui fait tout le charme de ce roman, ce mais qui pour moi est de la pudeur) et Sébastien Fritsch ! Et aussi de Yueyin et Chimère !
A noter que ce roman a été publié par Denoël pour la France :
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Extrait (p.23)
« (…) la librairie S. W. Gam est un de ces coins du cosmos où les humains ont depuis longtemps perdu le contôle sur la matière. Chaque étagère supporte trois épaisseurs de livres et les planchers disparaissent sous des douzaines de boîtes de carton entre lesquelles serpentent d’étroits sentiers aménagés pour la circulation des clients. Le moindre interstice est mis à profit : sous le percolateur, entre les meubles et les murs, à l’intérieur du réservoir de la toilette, sous l’escalier et jusque dans l’exiguïté poussiéreuse de l’entretoit. Notre système de classement est parsemé de microclimats, de frontières invisibles, de strates, de dépotoirs, d’enfers désordonnés, de vastes plaines sans points de repère apparents – complexe cartographie qui repose essentiellement sur la mémoire visuelle, une faculté dans laquelle on ne dure pas longtemps dans le métier. »




J’ai entendu des tas de bons commentaires sur ce livre… il m’attend dans ma pile depuis une éternité mais comme bien d’autres… je ne sais pas trop quand je vais me décider à le lire! J’ai comme 2 ans de lecture en stock!!!
J’ai lu son recueil de nouvelles, “La Chafouderie et autres chenilles gastriques” et c’est trrrrès bien aussi !!
Oups, ce n’est pas le titre, quelle nouille, c’est celui que j’avais extrait du recueil, le BON titre c’est :
“L’encyclopédie du petit cercle”
Sorry !
tu es plus que convaincante
Je vais le déterrer celui-là, ça ne fait pas 11 mois qu’il est là, mais tu me donnes le goût (encore!) de sauter sur un livre!
Hyper tentant !! la littérature québécoise est vraiment une mine de pépites…
Ceci dit dommage que la couv de Denoël ne soit pas aussi belle que celle d’Alto (que je ne connais pas encore !
@ Karine : Je vois que tu possèdes le même stock de lectures que moi.
En tout cas, je ne peux que t’encourager de faire légèrement remonter ce roman dans ta PAL.
@ Cuné : Ah, il faut que je me renseigne sur ce recueil de nouvelles alors ! Car j’ai vraiment apprécié la plume de Nicolas Dickner.
@ Stéphanie : Merci !
@ Jules : Tu m’en vois ravie !
@ Lily : Je suis d’accord avec toi sur les deux points que tu évoques :
1. La littérature québécoise est pleine de pépites. Je découvre cette dernière depuis seulement un an, et j’ai déjà fait de belles rencontres, notamment avec la Recrue et les recommandations d’amis-blogueurs.
2. La couverture de Denoël est beaucoup moins jolie que celle d’Alto. J’en profite d’ailleurs pour souligner qu’Alto a toujours de belles couvertures !
Tu connais “Le marchand de feuilles” *, j’achèterais presque leurs livres à cause de leurs couvertures
* autre maison d’éditions québécoise
@ Lily : Non, je ne connaissais pas “Le marchand de feuilles”. Je viens d’aller faire un tour sur leur site et c’est vrai que leurs couvertures sont chouettes !
j’avais vraiment beaucoup aimé ce roman moi aussi, tout en non dit
)) je ne savais aps que l’auteur avait écris autre chose, ça me tenerait bien tiens !!!
http://lireouimaisquoi.over-blog.com/article-12665486.html
@ Yueyin : Oui, Nicolas Dickner a écrit des recueils de nouvelles. Tu peux trouver les infos sur son site, là : http://nicolasdickner.net/?page_id=5.
(Et j’ai rajouté un lien vers ton billet !)
[...] continent. Ainsi j’ai eu le plaisir de discuter avec Neil Smith (Big bang), Nicolas Dickner (Nikolski), Rawi Hage (Parfum de poussière/De Niro’s game) et Véronique Papineau (Petites histoires [...]