L’Ordre des jours
Gérald Tenenbaum
Editions Héloïse d’Ormesson – 2008
Nous sommes dans les années qui suivent la seconde guerre mondiale. Solange vit avec sa mère, Macha. Son père, Isy, a été déporté. Depuis, les camps ont été libérés, des rescapés sont revenus. Mais pas Isy. Solange attend son retour.
« L’attente, c’est du silence, juste du silence, l’attente c’est une page blanche qu’on n’aurait pas le droit de remplir. »
Et puis c’est Max, un voisin, un ami, qui revient. Mais il ne parle pas d’Isy. Ni de ce qu’il a vécu là-bas. Solange attend et la vie continue. Elle rencontre Simon, lui aussi fils de déportés. Sa famille à lui est morte là-bas. Ces deux enfants de disparus vont alors s’accrocher l’un à l’autre. N’arrivant pas à oublier ces disparus.
Voilà un très beau roman !
Ses personnages sont des rescapés, chacun à leur manière, de cette seconde guerre mondiale. Il y a Solange qui attend son père, déporté. Qui a besoin de savoir, de remplir ce vide. Il y a Simon qui a perdu toute sa famille dans la seconde guerre mondiale. Il y a Max qui est revenu des camps. Mais refuse d’en parler. Ces trois personnages auxquels je me suis attachée essaient malgré tout de continuer à vivre.
Dans le premier chapitre, nous découvrons Solange à l’hôpital, demandant Simon et son bébé. Puis le chapitre suivant se passe avant, un an après la fin de la guerre. Vont ainsi s’alterner des chapitres de ces différentes périodes : celle qu’on pourrait appeler l’actuelle avec Solange à l’hôpital et l’autre qui démarre au lendemain ou presque de cette guerre. Au fur et à mesure des chapitres, nous découvrons alors comment Solange a vécu ces années et comment elle est arrivée sur ce lit d’hôpital.
C’est fort, c’est poignant, ça remue mais on ne verse pas dans le mélodrame, dans les larmes faciles. On veut savoir comment Solange va aller au bout de cette quête du père disparu…
Ce qui m’a aussi beaucoup touché dans ce roman, c’est le style de Gérald Tenenbaum. En lisant ses mots, j’avais l’impression de lire un roman en prose. Pas en permanence, mais par petites touches. Des expressions se font écho, un mot seulement changeant de l’une à l’autre. Cet écho formant des rimes. Ou seulement dans un bout de texte, il y a des rimes. « Des poèmes, elle en avait écrit tellement, avant. Plus de cent, plus de sang, mais c’était avant. » L’auteur lui-même n’hésite pas à parler de roman poétique et je trouve ce terme très juste. Cela embellit vraiment ce roman !
Voici donc un roman que je vous recommande vivement !
Retrouvez aussi les billets de Cathulu (un beau billet), Laurence et Papillon !
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Après avoir vu la vidéo de France 2 où Frédéric Clément explique comment lui est venue l’idée de son roman, Grains de beautés, je me suis demandée comment était venue l’idée de ce roman à Gérald Tenenbaum (je venais juste de le finir quand j’ai visionné cette vidéo). Alors je lui ai demandé ! [Aparté : Et je pense que je renouvellerai cette expérience si j'arrive à entrer en contact avec l'auteur !]
Voici donc, pour moi et pour vous, la réponse :
« Le choix de l’époque et des lieux s’est d’abord fait naturellement, en hommage à ma famille, aux histoires que me racontait mon grand-père, évoquant cette époque de colportage comme une véritable épopée. Mais il a été surdéterminé par la curiosité de revisiter ces années cinquante, époque d’amnésie, de surdité, tout entière dirigée vers la reconstruction, le renouveau de la vie. Que cette latence ait touché également, et avec la même intensité, la communauté des victimes elles-mêmes, demeure à mes yeux un fait historique et psychologique fascinant.
Souvent, en effet, je me suis dit qu’on ne m’avait rien transmis. Le génocide, la destruction, je les ai d’abord reçus sous forme de silence et de non dit. Ce creux, ce vide est graduellement devenu un gouffre : que faire de cela ? Aujourd’hui, quelques mois après avoir écrit ce texte, je comprends que ce qu’on m’a transmis, c’est précisément une page blanche, avec la liberté de la remplir à ma guise.
Beaucoup de familles de victimes se sont contentées, comme me le rappelait mon père il y a quelque temps, du constat « venu avec le vent, parti avec le vent ». Cela ne diminue pas leur souffrance. Mes personnages — imaginaires — choisissent l’action, chacun d’une façon différente. Ils veulent savoir, trouver, comprendre, toucher — peu importe le prix.
Je crois profondément (mais cela nécessiterait de longs développements) que c’est à l’imaginaire de panser et de penser, d’embrasser et d’embraser la mémoire pour faire œuvre de vie et non de mort. Car, si ces événements ne peuvent plus être ôtés du tableau, ombre, ligne de fuite ou arrière plan, ils ne sauraient constituer le tableau lui-même. Comme chaque génération, nous avons une humanité à construire. Notre tâche, dans l’après, est peut-être juste un peu plus compliquée.
J’avais le projet de ce roman depuis de très nombreuses années, mais le temps manquait pour les recherches documentaires. Elles n’auraient pas pu aboutir sans l’aide de mon fils, avec qui j’ai aussi peaufiné l’intrigue. Il était essentiel que le contexte historique soit très précis pour me donner la plus grande liberté possible vis-à-vis de mes personnages. Il y avait aussi ces deux épisodes peu connus de l’histoire du vingtième siècle, hautement signifiants à mes yeux, dont j’avais envie de me servir comme d’un matériau pour sculpter mes personnages. »
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Extraits
« Le temps n’est plus à la reconstruction. Il est à la vie qui pousse au bord du chemin, il est à la pluie, qui lessive les vieux rêves et en dessine de nouveaux, derrière les volets meurtris, sur la buée des carreaux, ou juste celles des yeux. »
« Certaines femmes vivent leur grossesse dans la plénitude, perspective joyeuse de donner la vie. Pour Solange, cette rondeur est une parenthèse, un gage. La vie en gage, la vie en cage.
Respiration, courage. Il faudra donner alors qu’elle attend encore, assumer alors qu’elle hésite encore. Et le petit père qui a rêvé tomber du ciel indochinois n’est à l’évidence pas totalement prêt à exercer ce métier-là sous les nuages lorrains. »
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J’ai noté deux autres romans de Gérald Tenenbaum dans ma LAL :
- Le Geste (Editions Héloïse d’Ormesson)
- Le problème de Nath (Belin), un roman jeunesse sur les idées reçues concernant les mathématiques. Car oui, Gérald Tenenbaum est aussi mathématicien. Et moi, je suis une ancienne matheuse. Comme quoi, on peut aimer les maths ET la littérature !










17 novembre 2008 à 8:42
Je reste sceptique, mais plus sur le thème. Pas pour moi en ce moment!
17 novembre 2008 à 8:57
@ Chiffonnette : Bon ben si tu changes d’avis, n’hésite pas à te jeter dessus !
18 novembre 2008 à 12:28
Je l’ai noté il y a un moment mais je crois que ce n’est pas pour tout de suite tout de suite… je suis dans une passe léger-léger!
18 novembre 2008 à 9:16
Je le note aussi. Ce que tu écris sur l’auteur (ici et dans le billet du 18, ben oui, je commente dans le désordre, honte à moi) m’a beaucoup intéressé.
Et oui, je confirme, on peut aimer les maths et la littérature (foi d’une autre ancienne matheuse)
18 novembre 2008 à 3:06
Argh, tout le monde en parle, ce qui ne fait que retourner le couteau dans la plaie vu que ma biblio ne l’a pas … bon, ce n’est pas comme si j’allais le lire demain de toute façon, vu que j’ai des lectures prévues jusqu’à la fin de l’année mais quand même ! mdr ! Mais ils ont “Le geste” et “Les nombres premiers” du même auteur … alors j’essaierai peut-être l’un des deux (vu que je suis aussi une matheuse !)
18 novembre 2008 à 11:38
@ Karine : En effet, ce n’est pas le bon moment pour ce roman ! (Mais ne l’oublie pas, il vaut le coup.)
@ Maijo : Contente de ne pas être seule !
@ Joëlle : (Si tu veux que je te le prête, tu as mon email !) Et une matheuse de plus !
19 novembre 2008 à 7:37
“Un très beau roman”, chouette, je vais bientôt le lire !!
21 novembre 2008 à 12:05
@ Florinette : J’ai hâte de découvrir ton avis !