Le potentiel livresque de Jérôme Ferrari

Oui, je sais. Le dernier potentiel livresque que j’ai partagé avec vous, c’est celui d’Isabelle Jarry et c’était… le 14 décembre dernier ! Six mois qu’il ne se passait plus rien dans cette rubrique… Mais voilà, ce temps-là de disette est révolu et la voilà de retour ! Avec une nouvelle question (en lien avec l’évolution de mes goûts de lectrice de ces derniers temps) que je vous laisse découvrir à la fin. (Bon, par contre, ne vous emballez pas : je n’ai pas encore trouvé le moyen de remonter dans le temps afin de rencontrer Marcel et Émile pour qu’ils puissent y participer… Mais je continue de chercher !)

Jérôme Ferrari

Jérôme Ferrari

Crédits photo : (Opale/Fedephoto)
Trouvée sur le site du Figaro.fr

Je suis ravie d’accueillir Jérôme Ferrari, le lauréat du prix Landerneau 2009 pour son roman Un dieu un animal (Actes Sud, 2009), pour la résurrection du Potentiel livresque !

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- Êtes-vous un gros lecteur ?
Je crois que oui. Je suis aussi un gros relecteur, je reviens sans cesse aux livres qui m’ont marqué, que ce soit en littérature ou en philosophie. Mais je fonctionne aussi par périodes. J’ai des moments de boulimie et, sans tomber jamais dans l’anorexie, des moments où je ne me sens pas capable de faire de nouvelles rencontres et où je me consacre donc aux textes que j’ai aimés.

– Comment choisissez-vous vos lectures ?
Principalement sur des recommandations d’amis, un peu aussi au hasard, jamais après lecture d’un article critique – pour la raison très simple que, jusqu’à une époque récente, je ne lisais jamais de critiques littéraires. Quand j’ai découvert un auteur, en général, je lis à la suite plusieurs de ses œuvres, ou toutes. J’aime beaucoup vivre avec un auteur de manière prolongée et exclusive.

– Avez-vous un auteur ou un livre culte ?
J’adore Dostoievski, Styron, Borges, Lobo Antunes,… la liste est longue. Mais je les aime tous pour des raisons particulières qui font que je serais incapable de hiérarchiser mes goûts.

– Quel est votre dernier coup de cœur littéraire ?
En littérature française, pour cette année, j’en citerai deux. Un peuple en petit d’Oliver Rohé m’a énormément touché et impressionné. Et Zone de Mathias Enard, qui est vraiment un livre incroyable, tout autre chose qu’une prouesse formelle, à mon avis.
En ce moment, je lis Les récits de la Kolyma de Varlam Chalamov et je sais que je ne m’en remettrais pas.

– Comment lisez-vous ?
En période de boulimie, je lis n’importe où, n’importe quand, dès que j’ai deux minutes à moi.

Et voilà la toute nouvelle question que j’ajoute à ce questionnaire… :-)

- Êtes-vous plutôt Marcel, Émile, Gustave ou Honoré ?
Votre dernière question me donne l’occasion de confesser honteusement ma quasi ignorance en matière de littérature classique française. J’ai lu très peu de Zola (L’œuvre et Nana, en première), de Flaubert et de Balzac (Le père Goriot, en quatrième !) et je n’ai pas lu Proust – j’aimerais pouvoir dire “pas encore”… Mais je répondrai quand même Flaubert : je dois à la lecture d’Un coeur simple une émotion que je n’ai pas oubliée.

Vous savez, Jérôme, il n’est jamais trop tard pour se mettre aux classiques ! Encore merci pour vos réponses !

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28 réponses vers «Le potentiel livresque de Jérôme Ferrari»

  1. fashion Dit:

    Ta dernière question me fait rire! :)
    Et après, tu feras des statistiques ? Oh my God, tu seras obligée de reconnaître la supériorité d’Honoré! :D
    Sinon, où est Henri, hein ??? :(

    • Caroline Dit:

      Je savais que tu aimerais ma dernière question ! Ça valait le coup d’attendre, non ? ;-)

      Bonne idée pour les statistiques !!! Pour le moment, nous sommes à : Flaubert = 100% et Honoré = 0%, donc je ne reconnais rien du tout !!!

      Et Henri ? Mon dieu… je ne savais même pas qu’Henri était le prénom de Stendhal ! Tant pis pour lui, il n’avait qu’à se faire un prénom aussi !!!! :-)

  2. Cuné Dit:

    Comme deux gouttes ? :-D D’eau ! (en haut à droite, ce que tu as “attaqué” ;o))

    Ta dernière phrase m’a fait éclater de rire, heureusement que je te connais et je comprends ce que tu as voulu dire, mais je t’assure, lire sur un blog quelqu’un qui dit à un écrivain (plutôt bon, à priori, je ne l’ai pas lu mais) “vous savez, prénom, il n’est jamais trop tard pour se mettre aux classiques” ça fait immensément prétentieux, comme ça au sauté de lecture, je dirais :-D

    J’aime beaucoup toutes les réponses, il faut que je lise “Un dieu un animal” !

    • Caroline Dit:

      Oh la la ! Merci pour la correction. J’ai eu la flemme de me lever pour vérifier s’il y avait le “d’eau” ou pas !!!

      Ma dernière phrase fait prétentieuse ? Mince alors ! Je me voulais plutôt encourageante !!!

      Et oui, va lire Un dieu un animal ! Vite !

  3. Cuné Dit:

    Je ne sais pas si ça fait prétentieux, ça m’a fait marrer surtout ;o)

    • Caroline Dit:

      Bon, ça va alors ! :-) (En plus, en écrivant cela, je pensais à la fois à ma découverte récente des classiques et à ta nouvelle histoire d’amour avec Dickens !!!)

  4. Lilly Dit:

    Je savais que Fashion aimait Honoré, mais je ne pensais pas que c’était à ce point. Ma journée est vraiment très bonne décidément ! :)

  5. Lucile Dit:

    Ah, c’est chouette de relire ces interviews! :) Il a l’air charmant ce monsieur, et il m’intrigue un peu plus sur “Zone” qui, malgré le prix du livre Inter, ne m’attirait jusqu’à présent pas du tout. A voir donc… Et je la trouve hyper-marrante ta conclusion, mais c’est vrai que c’est parce que je t’imagine en train de le dire. ^_^

    • Caroline Dit:

      Malgré tout, Zone ne m’attire toujours pas… Surement à cause du style dont j’ai entendu parler. Je vais attendre que Laëtitia l’ait lu pour me décider ou non pour de bon !

      • Jérôme Ferrari Dit:

        Zone n’est pas un livre facile, c’est vrai, mais pas si difficile que ça non plus. Contrairement à ce qu’on peut entendre, il est extrêmement bien ponctué, mais selon une logique purement rythmique et donc, voilà : il faut être, à un moment, embarqué par le rythme. Si on ne l’est pas, c’est fichu – et ce n’est pas grave, il existe des tas de livres dont la qualité objective est indéniable et qui ne sont pas faits pour nous. Cela dit, je ne me fierais aux conseils de personne en ce qui concerne Zone parce qu’il est impossible de prévoir qui sera happé et qui sera laissé sur le quai de la gare. A mon sens, mieux vaut lire les trois premières pages et voir ce que ça donne.

        • Caroline Dit:

          Ok ! Donc je n’attendrai pas que Laëtitia le lise, mais je l’emprunterai pour le “tester” alors et voir si je me laisse embarquer ou non par le rythme. Merci du conseil !

  6. keisha Dit:

    Ce jeune homme a fort bonne figure (hum) , de toute façon je voulais lire son roman. Il n’a pas (encore) lu Proust, disons qu’il a l’excuse de la jeunesse, ça viendra…

  7. In Cold Blog Dit:

    Ce qui est intéressant (et rassurant !!) c’est de se dire que l’on peut être un auteur reconnu et ne pas avoir une connaissance approfondie des classiques. Tous les espoirs restent donc permis :)

  8. Jérôme Ferrari Dit:

    Au moment même où je répondais à cette fatale dernière question, je savais que j’avais tort d’être sincère. Je me disais “Jérôme, tu es le dernier des abrutis (car, moi aussi, je m’appelle par mon prénom et je me parle sans ménagements) si tu crois qu’un aveu pareil sera porté à ton crédit. C’est le genre de lacunes qui te classent illico dans la catégorie des ignares irrémédiables : ne dis rien !” Mais je ne me suis pas écouté. Je ne cherche pas d’excuses, mais si vous saviez avec quel sadisme mon prof de français de 4ème nous faisait faire des fiches de lecture sur le Père Goriot (en pleine puberté !), peut-être comprendriez-vous que j’ai eu du mal à y revenir plus tard. Il me reste à préciser que, non, je n’ai même pas l’excuse de la jeunesse. Même en ces temps bénis d’abondance de vitamines et d’allongement de durée de la vie, je suis arrivé à un âge certes encore raisonnable, mais où l’on ne peut plus être qualifié sans ironie de “jeune homme.”
    Je suis donc très tenté d’affirmer que j’ai en fait lu les œuvres intégrales de tous les auteurs cités et que c’est ma modestie maladive qui m’a empêché de le dire dans le questionnaire de Caroline, mais je crains fort qu’on ne me croie pas sur parole.
    Alors j’assume…

    • Caroline Dit:

      Alors là, NON !!! Au contraire, vous avez bien fait d’être sincère. Il y a assez de gens qui doivent enjoliver les choses en disant : “Oh oui, Proust, j’adore… et sa madeleine si délicieuse…” alors qu’ils n’ont même pas lu 3 lignes de la Recherche.

      J’ai l’impression que beaucoup de gens ont été traumatisés par un prof de français lors de leur scolarité…

  9. In Cold Blog Dit:

    @ Jérôme Ferrari : Au moins, vous avez le courage de l’honnêteté et faites fi de ce snobisme où il est de bon ton de dire (à défaut de l’avoir réellement fait) que l’on a lu ses classiques.
    Se trouver dans la même situation que beaucoup d’entre nous, dégoutés pour longtemps des classiques par un programme de français inadapté (ou mal maîtrisé, au choix), rend l’auteur plus “humain”, moins inaccessible, voire plus sympathique.

    Comme je le disais plus haut, vous êtes le parfait exemple que cette lacune n’empêche nullement de faire du bon boulot.
    Et puis, il restera toujours le temps de la retraite pour se plonger dans les classiques !

  10. Cuné Dit:

    @ Jérôme Ferrari : Et pourtant… Oui, il y a des gens pour qui un aveu pareil est porté à votre crédit… Le monde des lecteurs est vaste ! :-D

  11. sylire Dit:

    J’arrive un peu après la bataille, moi…
    J’aime beaucoup le ton de cet interview, et les commentaires (notamment ceux de Jérome Ferrari dont j’ai lu et beaucoup aimé le livre !
    Bravo !


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