« Amour qui ne dispense nul être aimé d’aimer, les mots de Francesca dans l’Inferno. »
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Alors que je pensais que mon dimanche serait angélique et boiteux, celui-ci s’est finalement révélé italien et langoureux. J’avais présumé de ma rapidité de lecture et finalement, il m’aura fallu toute cette belle journée de dimanche pour lire ce roman dont In Cold Blog nous a parlé au début du mois :
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Comme tous les étés, les parents d’Elio, 17 ans, reçoivent un jeune universitaire américain : en échange d’une heure par jour à aider le père d’Elio à s’occuper de sa correspondance et autres travaux d’écriture, l’hôte est blanchi, logé et nourri, ayant ainsi le temps de se consacrer à son manuscrit en cours.
Quand cela a-t-il commencé ? C’est ce que se demande Elio dès le début du roman. Le premier jour où il a vu Oliver ? « ample chemise bleue, col largement ouvert sur la poitrine, lunettes de soleil, chapeau de paille, toute cette peau nue… » La muvi star. Ou plus tard ?
Elio n’est alors plus obsédé que par une idée : la peau d’Oliver. Et pendant toute la première partie du roman nous assistons à la naissance de ce désir, aux questionnements du jeune homme, qui se retrouve déstabilisé, attiré, anxieux.
« Mais toutes ces heures étaient teintées d’anxiété, comme si la peur était un étrange oiseau perdu pris au piège dans notre petite ville et dont les ailes noires projetaient sur chaque être vivant une ombre qui ne partirait jamais. Je ne savais pas de quoi j’avais peur, ni pourquoi j’étais si anxieux, ni pourquoi cette chose qui pouvait si aisément provoquer l’effroi me donnait parfois un sentiment d’espoir et, comme l’espoir dans les moments les plus sombres, m’apportait une telle joie, une joie irréelle, une joie précaire et menacée. Le bond de mon coeur dans la poitrine quand je le voyais à l’improviste me terrifiait et me grisait à la fois. J’avais peur quand il apparaissait, peur quand il ne se montrait pas, peur quand il me regardait, et plus encore quand il ne me regardait pas. Ce tourment finit par m’épuiser, et, certains après-midi brûlants, je m’effondrais et m’assoupissais sur le divan du séjour et, à travers mes rêves, je savais exactement qui était dans la pièce, qui entrait ou sortait sur la pointe des pieds, qui se tenait là, qui me regardait et pendant combien de temps, qui essayait de prendre le journal du jour sans faire le moindre bruit de papier froissé, puis renonçait et cherchait la page des films à l’affiche sans plus se soucier que je me réveille ou non. »
« Voulais-je être comme lui ? Voulais-je être lui ? Ou voulais-je seulement l’avoir ? Ou être et avoir sont-ils des verbes totalement inadéquats dans l’écheveau du désir, où avoir le corps de quelqu’un à toucher et être ce quelqu’un qu’on désire toucher sont une seule et même chose, ne sont que les rives opposées d’un fleuve qui passe sans cesse de soi à lui et de lui à soi, en ce va-et-vient perpétuel où les chambres du cœur, comme les pièges du désir, et les leurres du temps, et le tiroir à double fond que nous appelons identité, obéissent à une fausse logique selon laquelle la plus courte distance entre la vie réelle et la vie non vécue, entre qui l’on est et ce qu’on désire, est en escalier en trompe-l’œil conçu avec l’espiègle cruauté d’un Escher ? Quand nous avait-on séparés, toi et moi, Oliver ? Et pourquoi le savais-je, et pourquoi ne le savais-tu pas ? Est-ce ton corps que je veux quand je songe à être étendu près de lui chaque nuit ou ai-je envie de me glisser en lui et de le posséder comme s’il était le mien, comme je l’ai fait quand j’ai mis ton maillot de bain cet après-midi-là puis l’ai retiré, en désirant, comme je n’ai jamais rien désiré autant de ma vie, te sentir te glisser en moi comme su mon corps entier était ton maillot de bain, ton foyer ? Toi en moi, moi en toi… »
C’est avec beaucoup de justesse et de sensibilité qu’André Ciman décrit la naissance du désir amoureux et toutes ces questions qui se posent. C’est ce qui m’a plu dans ce roman, je m’y retrouvais malgré les différences (ici, il s’agit du désir entre deux hommes) car intrinsèquement, le désir et la peur qu’il provoque en nous sont les mêmes. En tout cas, ceux décrits par André Aciman et ressentis par Elio me parlaient à moi.
Je n’en dirai pas plus sur la suite du roman mais c’est toujours avec énormément de sensibilité que l’auteur nous parle de cette histoire, jusqu’aux derniers mots. Et contrairement à In Cold Blog, ce roman a réussi à m’emporter et je le remercie d’avoir insisté (légèrement, je suis faible !) pour que je le lise en me proposant de me le prêter car finalement, le style précieux de l’auteur ne m’a pas du tout empêché de ressentir toutes les émotions du jeune Elio.
Et comme In Cold Blog, je souhaite souligner l’ouverture dont fait preuve le père d’Elio qui reste discret mais s’accordera quand même quelques mots : « Nous ne reparlerons peut-être jamais de cela. Mais j’espère que tu ne m’en voudras jamais de t’avoir parlé ainsi. J’aurais été un bien mauvais père si, un jour, tu voulais me parler et avais le sentiment que la porte est fermée ou pas assez ouverte. »
Merci encore à In Cold Blog pour le prêt qui m’a permis de passer un dimanche en Italie !
PS : André Aciman est professeur de littérature comparée à New-York et sa spécialité, c’est Proust. Et ouais ! Un gars bien !
André Aciman, Plus tard ou jamais, Éditions de l’Olivier.
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Hé bé, je suis admiratif : non seulement tu as torché le roman dans ta journée mais en plus tu publies le billet dans la foulée. Chapeau bas. J’en serais bien incapable.
Tu fais bien de souligner que le fait qu’il s’agisse de deux hommes n’empêche aucunement les autres lecteurs de pouvoir s’identifier aux personnages ou de retrouver en eux certains épisodes de leur vécu.
Ta dernière phrase m’a mis cette chanson dans la tête pour la journée (http://www.youtube.com/watch?v=zl5mPWn47gM)
Disons que dimanche, je n’ai fait que ça aussi !
Et puis ça fait du bien de passer la journée avec les mêmes personnages, la même histoire.
Pour la vidéo, je crois que je vais te piquer ton idée et l’insérer dans mon billet. Si tu me le permets bien sûr !
Je ne vois pas de quel droit je te l’interdirais.
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Mais alors prudence, parce que c’est le genre de chanson chewing-gum qui te vrille le cerveau toute la journée, quoi que tu fasses pour t’en débarrasse
débarrasseR
Hum… tu as raison, je vais être prudente et éviter cette chanson qui colle à la tête et qui en plus ne vas pas avec l’esprit de ce roman !!!
Je viens juste de lire “Maurice” de E.M. Forster. C’était tellement merveilleux que je n’ai pas envie, pour l’instant, de lire un autre livre sur ce thème – parce que le pauvre ne pourrait soutenir la comparaison.
Mais ça a l’air beau quand même, ce roman !
J’ai envie de lire Maurice aussi ! Mais je vais d’abord lire Vue sur l’Arno (je ne suis pas sure du titre…) du même auteur, car il se trouve dans ma PAL (en anglais). (Grâce à ICB justement, qui m’avait chaudement recommandé ce roman. Ou Papillon. Ou les deux.) (La journée va être longuuuuuue !)
Et donc oui, si tu viens juste de lire Maurice, il vaut peut-être mieux attendre un petit peu.
“AVEC vue sur l’Arno”, Caroline !!!!
Mais je suis tellement heureuse et surprise de lire qu’Erzébeth a enfin lu et aimé ce livre qui est l’un de mes plus grands chouchous écrit par un de mes plus grands chouchous que je vais être sympa et ne pas t’envoyer un colis rempli de limaces pour te punir de ton ignorance. Je te laisse, je vais chez Erzébeth essayer d’en savoir plus en attendant le billet !!
Mille pardons Lilly !!!!! Et un énorme merci à Erzébeth qui m’évite ton colis de limaces.