« Mais toute ombre, en dernier lieu, est pourtant aussi fille de la lumière et seul celui qui a connu la clarté et les ténèbres, la guerre et la paix, la grandeur et la décadence a vraiment vécu. »
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C’est un complot qui est à l’origine de cette lecture. Et en même temps, un jour où l’autre, je l’aurais lu car c’est une œuvre incontournable lorsqu’on s’intéresse (un petit peu comme moi…) à Stefan Zweig.
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Ce livre a pour sous-titre : Souvenirs d’un européen. En effet, ceci n’est pas une autobiographie mais plutôt des mémoires. Stefan Zweig parle de son époque, une époque bien particulière puisqu’il appartient à une génération qui à 20 ans ne savait pas ce qu’était la guerre et qui finalement a vécu la première et la seconde guerre mondiale.
Dans la première partie, Stefan Zweig nous décrit une jeunesse viennoise dorée, avide de culture. Elle lit, elle va au théâtre, elle écoute de la musique, elle écrit. Elle vit dans un monde de la sécurité, où rien ne semble la menacer. Stefan Zweig voyage, découvre d’autres villes européennes (Paris, Londres, Berlin, etc.).
Et puis… « le 28 juin 1914, retentit à Sarajevo ce coup de feu qui, en une seconde, fit voler en mille éclats comme un vase de terre creux, ce monde de la sécurité et de la raison créatrice dans lequel nous avions été élevés, dans lequel nous avions grandi, et où nous nous sentions chez nous. »
Cette première guerre mondiale est une première fissure, puis il y a l’arrivée d’Hitler, puis la deuxième guerre mondiale qui ébranle complètement Stefan Zweig. Il n’est pas de ceux qui entrent dans l’action et prennent la plume pour combattre l’ennemi. Stefan Zweig s’exile, part loin de son pays et des abominations qui s’y tiennent. Il continue d’écrire malgré tout et c’est d’ailleurs aux Etats-Unis puis au Brésil qu’il écrit son Monde d’hier. C’est quelques mois avant de se donner la mort qu’il remet cet ouvrage à son éditeur.
Ce livre est le témoin d’une époque. Il m’a fait découvrir avec émerveillement la vie à Vienne avant la première guerre mondiale (émerveillement amplifié par le fait que je me suis déjà rendue à Vienne : j’avais adoré cette ville). Je suis consciente que ceci n’est que la vision de Stefan Zweig, est-elle la même pour tout le monde ? Je n’en sais rien, mais pour moi, ce n’est pas le plus important. Puis viennent ensuite les guerres, l’inflation. Des choses qui me parlent plus car apprises à l’école. Mais avec la vision de Stefan Zweig. J’ai trouvé vraiment intéressant de découvrir tout cela avec ses yeux, de l’intérieur. Cela permet à la fois de découvrir une époque, mais aussi un homme. Même s’il ne se livre pas intimement, il nous livre sa façon de voir les choses, ce qui nous en apprend énormément sur l’homme qu’est Stefan Zweig. Mais aussi sur l’auteur, ce qui maintenant me donne quelques clés sur son œuvre.
« Cette affection ou cet intérêt singuliers pour des êtres compromis m’ont d’ailleurs accompagné ma vie durant (…). Peut-être étaient-ce justement ce monde « solide », sage et rangé d’où je venais, et le fait que je me sentais moi-même affecté jusqu’à un certain point du complexe de la « sécurité » qui me faisaient paraître attachants tous ceux qui se montraient prodigues et presque dédaigneux de leur vie, de leur temps, de leur argent, de leur santé, de leur bonne réputation, ces passionnés, ces monomanes de la pure et simple existence sans but. Peut-être remarque-t-on dans mes romans et mes nouvelles cette prédilection pour toutes les natures intenses et effrénées. »
« Cependant, ce drame annonçait déjà un trait essentiel de mes dispositions intimes, qui font que je ne prends jamais le parti des prétendus « héros », mais voit toujours le tragique dans le vaincu. Dans mes nouvelles, c’est toujours celui qui succombe au destin qui m’attire, dans mes biographies, le personnage qui l’emporte non pas dans l’espace réel du succès, mais uniquement au sens moral, Erasme et non Luther, Marie Stuart et non Elizabeth, Castellion et non Calvin. ».
Et j’y ai aussi appris comme Stefan Zweig travaille ses textes : « Cette aversion pour toutes les longueurs, pour toute prolixité, devait nécessairement se reporter de la lecture des ouvrages d’autrui sur la composition des miens et m’éduquer à une vigilance particulière. Au fond, je produis vite et sans effort ; dans la première version d’un livre, je laisse courir librement ma plume et fais passer dans ma fabulation tout ce qui me tient à cœur. (…) Mais dans mon livre imprimé, on ne peut retrouver une ligne de tout cela, car à peine la première rédaction approximative d’un ouvrage a-t-elle été mise au net que le travail véritable débute pour moi, celui de la condensation et de la composition, un travail qui ne me paraît jamais suffisant, de version en version. (…) Ce processus de condensation en même temps que de dramatisation se répète encore une, deux, trois fois sur les épreuves en placard ; cela devient finalement une sorte de chasse joyeuse de trouver encore une phrase, ou ne serait-ce qu’un mot, dont l’absence ne nuirait pas à la précision et ne pourrait en même temps accélérer le mouvement. Si donc on loue parfois dans mes livres le mouvement entraînant, cette qualité ne résulte nullement d’une chaleur naturelle ou d’une agitation intérieure, mais uniquement de cette méthode systématique qui consiste à supprimer sans cesse toutes les pauses superflues et tous les bruits parasites. »
Et puis Stefan Zweig a le don de donner envie de découvrir plein de ses contemporains : Hofmannsthal, Rilke (dont j’ai déjà lu les Lettres à un jeune poète mais que j’ai envie de continuer à découvrir), Émile Verhaeren, Jules Romains, Romain Rolland, Tolstoï, etc. C’est un amoureux de la littérature et des auteurs, on s’en rend bien compte à travers ses écrits.
Je crois que ce texte est vraiment très important pour essayer de comprendre l’œuvre de Zweig. Il n’y a pas tout car nous ne savons pas grand chose sur sa famille et sa vie plus intime, mais je crois qu’il y a déjà pas mal de pistes. C’est vraiment un livre que je recommande aux amoureux de Zweig. Mais aussi à ceux qui souhaiteraient découvrir une époque charnière de notre histoire, en la vivant de l’intérieur (même s’il faut rester conscient que ce n’est qu’une vision parmi tant d’autres).
C’est un livre riche sur Stefan Zweig, sur son époque, sur la vie.
J’ai corné pas mal de pages.
En écrivant ce billet, je réalise que j’en ai aussi oublié beaucoup. Mais une chose est sure, c’est un livre que je vais relire d’ici quelques temps quand j’en aurai découvert plus sur Stefan Zweig, que ce soit à travers ses nouvelles et romans, ses biographies, ses correspondances et les livres qui lui sont consacrés. Je suis en train de découvrir un auteur et un personnage fascinant, intriguant et c’est vraiment une belle histoire d’amour littéraire qui se dessine.

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« Mais c’est seulement dans les années de la prime jeunesse qu’on identifie encore le hasard avec la destinée. Plus tard, on sait que la véritable orientation d’une vie est déterminée du dedans. Si bizarrement, si absurdement que notre chemin semble s’écarter des nos vœux, il finit pourtant toujours par nous ramener à notre but invisible. »




C’est en effet le livre idéal pour mieux connaître cet auteur et le monde où il s’est formé! J’aime bien ce passage où il explique sa façon de travailler ses textes!
Tout à fait d’accord avec toi !
C’est un livre magnifique que j’ai lu deux fois mais que je feuillette souvent , c’est un livre généreux et plein, témoin d’une époque qui disparait
C’est très sympa de partager un bonheur de lecture merci pour ce billet Caroline
Mais de rien ! On ne peut qu’avoir envie de partager une telle lecture. Je pense que je le relirai, d’une traite ou des passages de-ci, de-là.
Je suis tombée amoureuse de la citation que tu as mise en accroche!!
C’est la dernière phrase du livre…
Tu donnes vraiment à lire Zweig ! J’ai beaucoup aimé le passage sur son travail et sa façon d’écrire. Et Vienne à sa grande époque, ca devait être quelque chose !
Oui, j’aurais beaucoup aimé connaître Vienne à cette époque…
Je dois rester calme (mais ce sera difficile) car je viens de commencer sa bio de Balzac (eh oui) et tu me donnes drôlement envie!
Reste calme… finis la bio de Balzac (bravo ! c’est une de ses dernières oeuvres, si ce n’est la dernière, je crois… inachevée…) et ensuite tu liras ce livre là
Qu’est-ce qu’il était bien ce livre !
Yep !
Oh, tu me donnes vraiment envie de lui faire quitter son étagère. Je l’avais commencé il y a fort longtemps dans de mauvaises conditions, et pour finir j’avais remis sa lecture à plus tard… Et je pense que dix ans (au moins) ont passé depuis ! Ton billet est vraiment réussi, et les citations fort bien choisies.
Merci, tu me fais presque rougir derrière mon écran ! Et je te conseille vivement de lui donner une nouvelle chance.
Ton billet est un merveilleux hommage à ce livre que je me promets de lire, ça a l’air passionnant.
Oui, ça l’est quand on s’intéresse à Zweig !!
Je suis peu encline à lire ce genre de livre, mais tu en parles tellement bien !!!
Pour ma part, c’est pareil, je ne suis pas très livres non romanesques. Mais celui-ci se lit tout seul car vraiment très bien écrit. Et puis je m’intéresse tellement à Stéphane…
Ravi que ce livre t’ait plu. Je ne l’ai pas relu depuis la seule fois où j’y ai plongé, mais il reste un livre dont j’aime me souvenir.
Encore merci du conseil !
Quel belle idée que de vouloir lire tout d’un auteur. Zweig est un choix judicieux. Il est parmi mes auteurs préférés.
En novembre dernier, j’ai déniché un boulot de libraire dans un salon du livre. La maison d’édition pour laquelle je travaillais tenait la collection de la Pochotèque. Dès mon premier jour de travail, je savais que j’allais me procurer le premier volume (de trois) de l’intégrale de l’oeuvre de Zweig dans cette collection. Qui sait, peut-être que je te suivrai dans ton marathon littéraire !
à bientôt!
Je ne peux que t’inviter à me suivre dans ce marathon ! Concernant le premier tome de la Pochothèque, il me reste deux textes à lire, dont La pitié dangereuse qui est assez épais. Mais je compte bien en venir à bout et ensuite m’attaquer au tome 2 que j’ai déjà. Et il me faut le tome 3, of course !
Je me le réserve une fois que je connaitrai mieux l’oeuvre de cet auteur
Je te conseille aussi de le lire dès maintenant car cela apporte quelques clés sur les écrits de Zweig justement.
c’est sûr, je le lirai dans l’année !
Caroline, lesquels des textes du premier tome t’ont le plus rentré dedans ? (si tu comprends cette expression québécoise)
Voici ce que j’ai lu de Zweig jusqu’ici : Le joueur d’échec, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, La confusion des sentiments, Amok, Le voyage dans le passé.
Oui, je pense avoir compris cette expression québécoise (qui a un tout autre sens en français !
) !!
Pour ma part, c’est Lettre d’une inconnue que je trouve le plus beau, le plus touchant et le plus émouvant. C’est mon préféré pour le moment. Vient ensuite La Peur où je trouve la description des sentiments de cette femme d’une finesse impressionnante. Et puis après vient La Nuit fantastique, pour la description de la découverte de la vie du narrateur.
Des textes que tu cites, je les ai tous lu sauf Le voyage dans le passé. Ce sont tous de beaux textes mais ils ne m’ont pas touché autant, ou impressionné autant, que ceux de mon top 3. Mais je compte en relire certains (notamment Le joueur d’échecs et La confusion des sentiments), maintenant que j’en sais un peu plus sur Zweig.
J’ai vraiment beaucoup aimé, pour le portrait de l’époque, surtout et je me suis demandée un moment donné si j’avais zappé des trucs quant à son mariage, en particulier!!! j’ai le goût de lire plein d’autres auteurs mentionnés!! Et je prends des notes pour les prochaines nouvelles!
Moi aussi !! Lors de ma lecture, tout d’un coup, Stefan Zweig dit “nous” et cela m’a énormément surprise !! Je l’ai entouré avec un point d’interrogation.
Maintenant que je lis la biographie que lui consacre Catherine Sauvat, je comprends mieux, je fais la connaissance de sa vie plus intime !!!
Comment ça inachevée? Alors je ne saurai pas la fin? Si Balzac est mort, par exemple?
Bon, oui je crois que c’est une oeuvre posthume. Pour l’instant cela se lit “comme un roman” de Zweig, c’est dire!
Non, tu ne sauras JAMAIS si Balzac est mort ou pas !!
Sinon sérieusement, je crois bien que c’est inachevé… ils n’en disent rien dans la préface ?
Et j’ai hâte de me mettre à une des biographies de Zweig !!
Tu donnes vraiment envie de le lire! (et il semble que Stefan dure un peu plus que Marcel et Emile, non?)
Entre Stefan et moi, cela fait un peu plus d’un mois que nous vivons une passion intense (et intensive !!). C’est bien parti pour durer plus longtemps qu’avec Marcel ou Emile. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que j’ai beaucoup plus lu Stefan que Marcel et Emile réunis.
(Ravie de te voir de retour sur les ondes !!)
Moi aussi, ravie de pouvoir relire un peu ce qu’il se passe chez toi et dans le reste de la blogosphère (mais combien de temps cela durera-t-il?! Mystère!). Celui-ci à l’occasion, je te l’emprunterais bien, comme je te le disais dans un autre commentaire. Mais bon, rien ne presse. C’est pas comme si on n’avait rien à lire, hein!
A l’occasion alors
Voiiiilà!
Quel beau billet !
Je note, je le lirais mais je veux d’abord relire quelques livres de Zweig que j’ai dans ma bibliothèque.
Avec ce défi je vois qu’il y a tout plein de personnes qui adooooore Zweig comme moi, ça fait plaisir de pouvoir partager !
Oui, ça fait plaisir de partager autour d’un auteur qu’on aime. Et ça fait plaisir aussi de donner envie à des lecteurs de découvrir Stefan Zweig !
Je rejoins tout à fait ton avis sur ce livre et sur l’auteur. C’est un livre profondément touchant, bouleversant, un témoignage très fort qui plonge le lecteur entièrement dans l’ambiance de l’époque. Il peint une fresque de sa génération. Les anecdotes sont nombreuses et apportent au récit beaucoup de réalisme. Il décrit les réseaux d’amitié qu’il a développés à travers toute l’Europe. Zweig rend hommage à tous les intellectuels plus ou moins célèbres qui ont marqué son oeuvre et son parcours, Rilke, Romain Rolland, Freud, Jules Romains, Tolstoï, Rodin, Strauss. Biographe, il dresse d’eux un fidèle portrait. C’est un livre très riche et très enrichissant, absolument incontournable, expression de son humanisme, de son ouverture d’esprit, de son engagement pour l’Europe et le pacifisme, de sa passion pour les lettres et les arts. Merci encore d’avoir organisé ce challenge
@ Bénédicte : Je suis ravie de voir que ce challenge – mais surtout Stefan Zweig – te plaît !!