Mon envie de découvrir la lecture argentine m’avait poussé à noter ce titre lors d’une descente-repérage en librairie. Alors quand j’ai vu que ce roman était proposé par Babelio lors d’une opération Masse Critique, j’ai tout de suite coché la petite case J’aimerais écrire une critique de ce livre.
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Roberto Arlt est un auteur argentin du début du 20ème siècle. Les sept fous a été publié en 1929. Sa première publication en France date du début des années 80 seulement, alors que Julio Cortazar nous indique en préface que Roberto Arlt est aussi important que Borges pour beaucoup d’argentins. Pourquoi alors avoir attendu autant de temps pour nous le faire découvrir ? Voilà l’explication que nous donne Cortazar :
Il y a des poètes et des narrateurs dont l’immersion dans les couches populaires de la ville où ils vécurent et qui fut le thème presque permanent de leur œuvre est telle que la traduction – ce déplacement qui va bien au-delà de l’écriture et de la thématique – devient une entreprise presque impossible et presque toujours approximative.
D’ailleurs, les traducteurs, Isabelle et Antoine Berman, nous expliquent comment ils auraient pu et ont finalement choisi de travailler dans un avant-propos. Ne pouvant lire en langue espagnole, je leur ai donc fait confiance et me suis plongée dans ma lecture sans chercher à me poser de question.
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Erdosain détourne de l’argent de ses employeurs et est démasqué. Le même jour, il apprend que sa femme le quitte et part avec un autre homme. Désespéré, il retrouve l’Astrologue qui lui dévoile son nouveau projet : fonder une société secrète. Pour cela, il a besoin d’argent. Erdosain lui propose alors un plan, qui lui permettrait en même temps d’assouvir une vengeance personnelle : enlever Barsut, celui qui l’a dénoncé à ses employeurs, et lui soutirer son argent.
Autant le dire tout de suite : j’ai abandonné ma lecture à la page 202 sur un total de 371 pages. Pourquoi ? Je dois avouer avoir eu du mal à suivre notre protagoniste Erdosain dans ses aventures. Le roman n’est pas mauvais, loin de là, mais je me suis sentie dépassée par les nombreuses réflexions sur la société de l’époque (nous sommes dans les années 30 à Buenos Aires) et sur la vie en général, dont nous font part les différents personnages lors de (trop, à mon goût) longues digressions. Dépassée aussi par l’absurdité des personnages, des événements, comme souvent dans la littérature argentine où rien ne se passe simplement !!
Pourtant, il y a de très beaux passages :
Je croyais que mon âme m’avait quitté pour jouir des beautés du monde, de la lumière de la lune sur la crête orange d’un nuage, et de la goutte de rosée qui tremble au-dessus d’une rose. Mais quand j’étais petit je croyais toujours que la vie me réservait un événement sublime et beau. Cependant, à mesure que j’examinais la vie des autres hommes, je découvrais qu’ils vivaient dans l’ennui, comme s’ils avaient habité un pays toujours pluvieux où les filets de la pluie leur laissaient au fond des pupilles des cloisons d’eau déformant leur vision des choses. Et je compris que les âmes s’agitaient sur la terre comme les poissons prisonniers dans un aquarium. De l’autre côté des vitres verdâtres, il y avait la belle vie chantante et très haute où tout aurait été différent, multiple et fort, et où les êtres nouveaux d’une création plus parfaite auraient bondi avec leurs beaux corps dans une atmosphère élastique. Alors je me disais : “C’est inutile, je dois fuir la terre.”
Non, ce roman est surement très bon. Mais vraiment pas pour moi. Je crois, tout simplement, que je ne suis pas du tout faite pour une grande partie de la littérature argentine. Je passe complètement à côté de sa “poésie”, de son originalité…
Mais je ne me laisse pas complètement abattre et je continue d’essayer dans l’espoir de découvrir des auteurs qui me donneront autant de plaisir qu’Elsa Osorio (Luz ou le temps sauvage est dans ma PAL) ou Julio Cortazar (j’ai aussi quelques-uns de ses romans dans ma PAL).




C’est intéressant de voir comme ce pays peut avoir une littérature très particulière, à la fois fantasque, absurde et réaliste par certains côtés, c’est déroutant, on n’en a pas forcément l’habitude dans notre propre culture.
Dans les auteurs très bizarres et argentins, tu as aussi Bioy Casares, je l’avais étudié en fac (“Dormir au soleil”), je n’avais strictement rien compris. Mais si je n’ai pas vendu mon livre et si je le retrouve la prochaine fois que je m’exile dans le sud (ça fait deux énormes “Si”), je te le donnerai, on ne sait jamais
@ Erzie : fantasque, absurde et réaliste, c’est tout à fait ça ! Et déroutant, oui, complètement ! Justement, j’ai lu L’invention de Morel de Adolfo Bioy Casares et pareil et j’ai rien compris… (Merci pour ta proposition mais cette première lecture sera la dernière.
)
Ah oui tiens, Bioy Casares. J’ai chez moi l’invention de Morel. Exactement comme dit Erzebeth, particulier, fantasque et absurde mais, d’après certains fans de la littérature sud-américaine, un chef d’oeuvre. (N’étant pas fan, je me contenterai de dire que oui, c’est bien). Si ça t’intéresse, je te le prête !
@ Emeraude : Oui, tout le monde en parle comme d’un chef-d’œuvre, pareil pour Roberto Arlt. Moi je n’ai pas le cerveau fait comme il faut pour ce genre de littérature.
J’avais pensé à toi en le voyant dans la liste pour Masse Critique… Dommage!
@ Lucile : Au moins j’aurai essayé !!
Caroline : je viens de débarquer sur ce blog, très bon au passage!
Du coup, je me suis demandée ce qui te liais à l’Argentine, y as tu voyagé, étudié… ? J’habite à Buenos Aires depuis 2ans et demi (une année d’études, coup de foudre pour le pays, le tango et d’autres choses, je suis restée), et je peux te conseiller des livres plus “abordables” de la littérature merveilleuse de ce pays, et non moins poétiques et intéressants que Arlt ou Borges…
Par exemple, le magnifique “Baiser de la femme araignée”, de Manuel Puig. Un livre court et fascinant, que j’offre à tous les lecteurs que j’aime.
A bientôt !
Fanny
Bonjour Fanny,
Merci beaucoup pour ton commentaire !
En fait, je me suis rendue à Buenos Aires en juillet dernier. J’ai eu un réel coup de foudre pour cette ville. Je pense que Bernard Benyamin (dans sa Saga de Buenos Aires : http://5emedecouverture.wordpress.com/2010/08/08/benyamin-la-saga-de-buenos-aires/) décrit très bien ce que j’ai éprouvé en découvrant Buenos Aires : « Pourquoi cette ville m’a-t-elle immédiatement fasciné ? Peut-être parce qu’elle était vaste et neuve comme le Nouveau Monde. Peut-être parce qu’à des milliers de kilomètres de l’Europe, elle me ramenait insensiblement au Vieux Continent avec ses grandes avenues et l’élégance de ses habitants. » Depuis mon retour de vacances, je découvre donc un peu plus cette ville (et sa réalité) à travers sa littérature. Et je l’aime de plus en plus !! J’ai très envie d’y retourner.
Je note le titre de Manuel Puig ! J’avais déjà repéré cet auteur. Je suis très intéressée par d’autres conseils d’auteurs abordables !! Là, je viens de terminer un roman policier de Ernesto Mallo et j’ai beaucoup aimé. Une de mes prochaines lectures argentines sera soit Luz ou le temps sauvage d’Elsa Osorio (j’ai adoré son Tango !!), soit Le chanteur de tango de Tomas Eloy Martinez.
A très bientôt, ici ou sur ton blog !!
[...] Caro[line] : n’a pas réussi à aller au bout de sa lecture [...]