… ou Les arroseurs arrosés
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Il y a quelques semaines de cela, j’ai été interviewée chez moi par des journalistes de France 5. C’était pour un reportage sur le livre numérique pour l’émission C’est notre affaire. Ce reportage a été diffusé mercredi soir, il sera rediffusé samedi matin. On peut aussi le voir en ligne sur le site de France 5 : c’est ICI, à la minute 24’50. (Malheureusement, je crois que cela ne fonctionne pas pour les québécois.)
Lors du tournage, je me suis vite rendue compte que les deux journalistes, Anthony et Neal, aimaient lire. Je leur ai alors demandé de répondre, à leur tour, à quelques questions.
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Quel type de lecteur êtes-vous ?
Anthony : Je suis plutôt un lecteur occasionnel. Je dois être à un ou deux livres par mois. Bien évidemment, tout dépend de la taille du livre : je ne dévore pas un livre de 1000 pages, même s’il peut être passionnant, aussi rapidement qu’un ouvrage de 300 pages. Contrairement à Neal, cela ne m’est arrivé qu’une seule fois d’abandonner un livre au bout de 20 pages. Je crois que ça devait être Les mots de Jean-Paul Sartre et c’était pour moi illisible.
Caroline : Il t’est impossible d’abandonner un livre ? Tu te sens obligé d’aller jusqu’au bout ?
A : Oui ! Car je pense qu’il y a beaucoup d’ouvrages qui se débloquent seulement après les cent premières pages. C’est par exemple le cas dans Le Bûcher des vanités [de Tom Wolfe] que je suis en train de lire. En poche, il fait quasiment mille pages et je trouve que ça se débloque au bout de 100, 150 pages et que ça devient un tout petit peu plus fluide.
Neal : Je suis un lecteur compulsif. Je peux ne pas lire pendant deux mois, cela ne me dérange pas, ça ne me manque pas et d’un coup, je peux lire 5 ou 6 livres à la suite. En fait, quand je lis, je ne fais que ça, ça m’obsède.
C : C’est l’histoire qui t’obsède ?
N : C’est l’acte en lui-même qui m’obsède. Je trouve que c’est presque fatigant de lire, car je m’implique vraiment dans ma lecture. Je compare beaucoup le livre à un film, j’aime quand le livre est comme un film, c’est-à-dire que je le commence et je le finis d’une même traite. Et je trouve cela fatigant du coup. C’est pour ça qu’il y a des périodes où je ne lis pas, des périodes de repos.
C : Est-ce que la lecture a aussi un côté addictif, comme peut-l’être une série télé par exemple ?
N : Oui. Le livre ou même un auteur. L’auteur qui m’a vraiment fait l’effet que tu décris, c’est Milan Kundera. J’ai lu un Kundera et en un mois, un mois et demi, j’ai lu tout Kundera parce que je ne pouvais plus m’arrêter. Il fallait que je lise l’ensemble de son œuvre.
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Comment choisissez-vous vos lectures ?
N : J’ai la chance de venir d’une famille assez littéraire. Ma grand-mère a tenu une librairie pendant une trentaine ou quarantaine d’années. Ma mère lit un bouquin par semaine. Elles connaissent assez bien mes goûts et je me fie à leurs conseils et aux conseils des gens en général. Il y aussi des cadeaux qu’on peut me faire. Je ne suis pas un chercheur. Je reçois. Je suis un très bon receveur.
A : Je suis un peu le second couteau car je lis les ouvrages que ma copine a lus avant moi. Nous achetons nos livres à deux. Mais comme elle lit plus que moi, lorsqu’elle va entamer une nouvelle lecture, je n’aurai pas encore fini sa lecture précédente. Ce qui est très bien ainsi, car je peux tout de suite enchaîner avec les livres qu’elle a déjà lus. J’aime bien aussi lire des classiques. Neal parlait de Milan Kundera. Cela m’a fait un peu cet effet avec Boris Vian. Je n’avais lu aucun de ses ouvrages et le jour où j’ai commencé, j’en ai lu 3 ou 4 de suite. J’ai souvent des périodes classiques. Récemment, j’ai lu du Steinbeck parce que je n’en avais jamais lu, ou alors quelques passages des Souris et des hommes pendant mes études. J’en ai donc lu deux d’un coup. Et là, j’ai envie de lire du Cervantes, de relire Don Quichotte.
N : Pour répondre à un truc qu’a dit Anthony, ce que j’aime bien, moi, c’est lire ou relire des passages. J’aime bien l’idée de pouvoir prendre juste une partie d’un livre. Il y a le livre dans sa globalité, ce que l’auteur a voulu faire dans l’intégralité de l’œuvre et il y a dedans des chapitres et des moments, un paragraphe. Je pense notamment à un paragraphe dans Ensemble c’est tout d’Anna Gavalda, que j’adore parce qu’il répond à des choses qui me sont personnelles, propres à mon expérience de vie. C’est elle qui craque complètement et qui dit à l’homme qu’elle a envie d’aimer : « laisse-moi la chance de t’aimer, vas-y, trouve les solutions, tu sais que tu les as et moi je sais que tu les as et moi je ne peux plus rien faire que d’attendre que tu les trouves ». C’est quoi ? 15 lignes ? Mais cela m’arrive de prendre le bouquin et de lire ces 15 lignes parce qu’elles me plaisent.
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Comment lisez-vous ?
N : Je peux lire n’importe où ! J’ai une petite anecdote à ce sujet. J’ai lu en une journée Le troisième jumeau [de Ken Follett] un jour où il faisait grand beau en Irlande – ce qui arrive rarement ! -, où tout le monde s’amusait. On a fait un peu de route et moi, je n’ai fait que lire toute la journée dans la voiture pour le terminer. Il fallait juste que je le termine. Je vais mieux une fois un livre terminé. Donc du coup, peu importe où je suis, je vais aller jusqu’au bout. Quand je finis un bouquin, je suis soulagé parce que je l’ai fini, j’ai un contentement. Mais j’ai aussi une espèce d’énorme tristesse parce qu’étant donné que je n’ai fait que ça, j’ai l’impression de perdre un bout de moi-même, de perdre des amis. Souvent je me dis que j’adorerais ne serait-ce que d’avoir des images ou des visions de ce qu’ils deviennent après.
C : Tu vis vraiment le bouquin.
N : Oui. Je vis les personnages.
A : Quand je prenais les transports – parce que maintenant je suis passé au scooter -, je lisais beaucoup. Mine de rien, quand on a trois quart d’heure de transport aller, trois quart d’heure de transport retour, cela me permettait de finir un bouquin en trois jours. Et ça, c’est quand même super agréable. Cela rejoint un peu l’idée de Neal : quand je suis vraiment plongé dans une histoire, moi aussi j’ai envie de finir le livre rapidement. A l’époque où je prenais les transports, ça marchait très bien. Maintenant, je lis sur mon canapé, le samedi après-midi. De préférence quand il fait beau et non quand il fait gris, parce que je trouve que la lumière d’un beau temps est plus agréable pour lire. J’ai la chance d’avoir une fenêtre dégagée, mon canapé étant orienté vers la fenêtre, donc il suffit que je me mette la tête côté fenêtre et avec le soleil qui entre, j’ai presque l’impression d’être dehors et ça c’est agréable. Et sinon il y a vraiment aussi un moment où j’ai du mal à me passer de lire, c’est quand je vais me coucher. Il faut que je lise. Vraiment. Parce qu’à la fois, ça me fatigue, mais c’est de la bonne fatigue, le bon sommeil qui va arriver après les bonnes pages lues.
N : Si j’essaie de lire avant de m’endormir, je perds un temps fou. Je relis quatre fois le même truc parce que ça devient obsessionnel, mais je ne suis pas concentré, donc du coup, je relis quatre fois le paragraphe pour bien le comprendre et je me dis : « attends, où est-ce que j’en étais ? » et je n’y arrive pas, j’ai beaucoup de mal.
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Avez-vous un auteur ou un livre culte ?
A : J’ai déjà parlé de Boris Vian. Je trouve vraiment que ce qu’il écrit est remarquable. Mais ces deux ou trois dernières années, le livre qui m’a le plus marqué, c’est Les cerfs-volants de Kaboul de Khaled Hosseini. Quand je vais dans n’importe quelle librairie, que ce soit un gros distributeur ou une petite librairie, je vais plus m’orienter vers les collections étrangères. Je vais lire la quatrième de couverture, feuilleter un peu le livre, choisir au hasard, juste parce que ce livre m’aura interpellé à ce moment-là sur un nom ou un petit paragraphe ou une histoire. Pour revenir au roman de Khaled Hosseini, je le conseille à tous mes copains à chaque fois qu’on parle de lecture. Pour moi, ce livre, ça a vraiment été… [NDLR : c’est tellement énorme qu’Anthony n’en trouve plus ses mots !] C’est extrêmement bien écrit, c’est à la fois politique sans être caricatural, ça se lit d’un trait : c’est remarquable.
N : Alors moi j’ai un livre qui représente mon « entrée » dans le monde littéraire. Je l’ai lu assez jeune et ça a vraiment été une révélation : c’est L’île de Robert Merle. Il m’a fait un effet de dynamite. Avant L’île, je lisais des romans de gosses et après L’île, bah… je lisais.
C : Tu avais quel âge ?
N : J’avais treize ou quatorze ans. Le reste de l’œuvre de Robert Merle est très bien : j’ai adoré Malevil, j’ai adoré La mort est mon métier, j’ai adoré Madrapour. Mais L’île, étant donné que c’est le premier… En plus, je suis franco-irlandais et donc il y a le côté « île » qui m’a marqué : l’autarcie, le fait de pouvoir être loin, le fait de pouvoir être seul. Il y a aussi le rapport à l’autre : la manière dont Merle l’évoque, c’est génial. Et après, mon auteur culte, c’est celui dont je parlais tout à l’heure : Milan Kundera. J’adore son œuvre, j’adore le personnage. Chose qui est très importante pour moi, c’est le titre et je trouve que ses titres sont géniaux. Autant ceux de sa période tchèque que ceux de sa période française, qui est très différente. Ils incarnent vraiment le bouquin. Le livre du rire et l’oubli et L’insoutenable légèreté de l’être sont vraiment des romans tchèques : les titres sont longs, les bouquins sont longs, la réflexion est beaucoup plus tortueuse. Et dans la continuité de son œuvre, c’est La plaisanterie, des livres beaucoup plus courts, la réflexion est plus courte mais pas forcément moins profonde. Il choisit bien ses titres. Il écrit bien. Tout est intéressant.
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Quel est votre dernier coup de cœur littéraire ?
N : Je vais même en donner deux, qui sont radicalement différents. Le premier, c’est Un arc-en-ciel dans la nuit [de Dominique Lapierre], qui n’est pas un roman : c’est l’histoire de l’Afrique du Sud, ce qui est particulier pour moi car j’en reviens. Et mon autre coup de cœur pour un « vrai » roman, c’est Le vieux qui lisait des romans d’amour [de Luis Sepulveda], qui est simple, beau, poétique. C’est un petit moment de rêve, c’est un petit moment de vie, on le lit très rapidement parce qu’il n’est pas très long et on ferme le bouquin et on se dit : « ah merde j’ai passé un super moment ». J’aime ce qui me ramène à la poésie que l’on peut un peu trouver dans la vie. Ce roman n’est pas de la poésie, mais c’est poétique. J’ai adoré.
A : Toujours dans mon envie de découvrir ou redécouvrir des auteurs un peu plus classiques, j’avais envie de lire Le vieil homme et la mer [d’Ernest Hemingway]. Je l’ai vraiment trouvé remarquable. C’est pareil : ce n’est pas très long, ça se lit très rapidement et c’est une très très belle histoire.
N : C’est marrant, on a, tous les deux, deux vieux hommes face à la vie…
A : … oui !
N : On va commencer notre psychothérapie de groupe !
A : Hemingway, j’en ai tellement entendu parler, mais je ne savais pas ce que c’était. Donc j’ai lu Le vieil homme et la mer, ainsi qu’un petit recueil de nouvelles que j’ai trouvé très intéressant.
N : Il faut que je le relise car je l’ai lu il y a hyper longtemps…
C : Non, mais c’est super énervant parce que là vous me citez plein de bouquins que je n’ai pas lus et vous me donnez envie de les lire. En même temps, quand je vois tous les livres que j’ai autour de moi, que j’ai envie lire aussi, je me dis : « Ah non, ce n’est pas possible ! » [NDLR : Veuillez nous excuser pour cette petite crise, phénomène récurrent chez les lecteurs et lectrices curieux et acheteurs compulsifs dignes de ce nom.]
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Pour finir, un dernier conseil que m’a donné Neal et que je souhaite partager avec vous :
N : Est-ce que tu connais un auteur de théâtre qui s’appelle Wajdi Mouawad ? S’il y a un truc à aller voir au théâtre, c’est du Wajdi Mouawad. Une de ses pièces a été adaptée au cinéma : elle s’appelle Incendies. J’aime bien les questions d’hérédité, de filiation, la transmission dans l’inconscient, les questions de non-dit, qu’est-ce qu’on transmet à travers ces choses qu’on ne dit pas ? C’est un triptyque : Littoral, Incendies, Forêts. Incendies dure trois heures, tu as l’impression d’avoir vu une pièce d’une demi heure, tu ressors bouleversé, tu as mal au bide, tu ne peux pas bouffer et Forêts, c’est pareil.




Toute mimi ! J’adore ta boîte à bijoux rose sur ta table de chevet !!!!
Comme une vraie journaliste !!!!
Je suis comme Neal, quand je viens de finir un livre, j’ai l’impression “de perdre des amis”. Je me mets souvent à la place du personnage principal !!!!
Par contre, pour la question quel est votre auteur culte, ma réponse est Harlan Coben (à côté des noms de grands écrivains littéraires je me sens toute petite). Moi mon monde littéraire c’est les thrillers, nous ne jouons pas dans la même cour !
Si ça peut te rassurer, j’ai lu un livre en 3ème de Zola, que j’ai beaucoup aimé ! Mais je me souviens plus du titre
Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, je t’ai vue ! Trop bon, l’impression de me retrouver chez toi !!!!!!!!!!!
J’aime l’idée d’aimer en même temps Kundera et Gavalda, de lire et de relire certains passages, de relire Steinbeck… Ces deux messieurs sont des gens très bien Caro et ton I/W est parfaite.
Quant à Incendies…. oui, trois fois, oui, évidemment. A voir et à lire, aussi. (un jour, je verrais la trilogie en une fois, un jour:)
Très belle interview… et j’ai adoré rentrer un peu chez toi, en attendant la vraie!! Tu as remarqué que le reportage te donnait vraiment plus la parole qu’aux autres intervenants. Bravo!
Ton passage télévisé était formidable !
A tel point qu’après l’avoir visionné, je suis partie m’acheter une liseuse – ça y est, on a ENFIN la preuve que les blogs peuvent impacter sur les ventes réelles en magasins !
Sans rire (même si le reste n’est pas une blague), l’interview est souriante (si, ça se dit), et la conversation écrite qui suit est tout aussi formidable, tu as fait bien d’interroger ces jeunes hommes, c’est passionnant !
Très belle interview vraiment, comme tu le sais j’aime l’éclectisme et a compulsivité en matière de lecture (on se demande bien pourquoi
)) et j’ai adoré visité ton chez toi pendant l’emission
))) (je veux une liseuse à moi
)