… c’est ce que je cherche à vivre quand je lis. Des vies qui me ramènent, inexorablement, à la mienne, ma vie constituée d’une infinité de vies : les vécues, les rêvées, les loupées, les fantasmées, les redoutées…
Depuis plusieurs mois, je traverse une période de marasme littéraire. Peu de livres me tente, j’en abandonne beaucoup. Comme Désolations de David Vann que j’ai lâché au bout de 50 pages péniblement lues. Loin d’être désespérée, j’abandonne facilement et je passe à autre chose. Car il y a quand même des envies. Une bande-annonce, l’avis d’une amie, une jolie couverture : voilà comment le roman d’Emmanuel Carrère s’est retrouvé entre mes mains.
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En deux jours, je l’ai dévoré. Et adoré. Alors je réfléchis et là, le titre résonne en moi, me faisant enfin mettre le doigt sur la raison qui me pousse à lire. Une évidence pour vous, sûrement. Une raison qui m’a été dite et redite. Mais c’est comme une thérapie : on a beau l’entendre et le réentendre des centaines de fois, c’est quand on met soi-même les mots dessus que ça prend sens. Que ce soit celle de Mac ou celle de Gervaise, en passant par celle de Gabrielle et celle de Simon : je veux découvrir et vivre d’autres vies.
Comme celles de Juliette, Jérôme, Delphine, Philippe, Juliette, Patrice et Étienne.
Chaque jour depuis six mois, volontairement, j’ai passé quelques heures devant l’ordinateur à écrire sur ce qui me fait le plus peur au monde : la mort d’un enfant pour ses parents, celle d’une jeune femme pour ses enfants et son mari. La vie m’a fait témoin de ces deux malheurs, coup sur coup, et chargé, c’est du moins ainsi que je l’ai compris, d’en rendre compte.
Juliette, la petite fille de Delphine et Jérôme, a 4 ans quand une vague l’emporte lors du tsunami du 26 décembre 2004. Juliette, la soeur de la compagne d’Emmanuel Carrère, a une trentaine d’années quand le cancer l’emporte en 2005, laissant derrière elle un mari et trois petites filles. Emmanuel Carrère nous raconte ces deux malheurs vécus par deux familles dont il est proche. Le talent d’Emmanuel Carrère ? Savoir raconter la vie des autres, sans pathos, sans exagération. Et il se raconte aussi, ces deux morts le renvoyant à ses doutes et à ses peurs. Les autres, lui, tout est raconté simplement. « C’est ce que j’aime […] dans mon travail : quand c’est simple, évident, quand ça tombe juste. Et bien sûr quand c’est efficace. » Et ça l’est. J’ai pleuré, j’ai souri, c’est ça la vie.
En refermant ce roman, en y réfléchissant ensuite et encore, j’ai juste envie de dire un mot à Emmanuel Carrère : merci.
Infiniment, sincèrement, tout simplement.
Plus tard, quand ils se sont soûlés de ces confidences, elle dit, plus gravement : en même temps, si ça ne m’était pas arrivé, je n’aurais peut-être pas connu Patrice. Certainement pas. Je ne l’aurais même pas vu, si ça se trouve. J’aurais aimé un tout autre genre d’homme : plus brillant, plus conquérant, le genre qui me correspondait sur le marché parce que j’étais jolie et brillante. Je ne dis pas que l’infirmité m’a rendue plus intelligente et profonde, mais c’est grâce à elle que je suis avec Patrice, c’est grâce à elle qu’il y a les petites, et là, c’est le contraire du regret, c’est le contraire de l’amertume, il ne se passe pas un jour sans que je me dise : j’ai l’amour. Tout le monde court après, moi je ne peux pas courir mais je l’ai. J’aime cette vie, j’aime ma vie, je l’aime totalement. Tu comprends ?
PS : Cuné, tu aurais un Harlequin se passant dans le milieu de la justice à me conseiller ?



(Nan)
(Mais je vais enquêter pour toi, car ma gentillesse n’a aucune limite)
(C’est connu)
(…)
@ Cuné : Alors, ton enquête ?
(Fashion m’a déjà fourni un titre.)
J’aime beaucoup ta façon d’en parler. Tu m’as donné envie de le lire, merci !
@ Bladelor : J’espère que ça va te plaire !
c’est ce que je pense aussi en lisant/en m’évadant par la lecture
Très joli billet, qui donne envie! Je m’en souviendrai!
@ Lucile : Merci ! C’est vraiment un auteur que je te conseille si tu ne l’as encore jamais lu.
Je n’ai lu que des critiques enthousiastes concernant ce livre que je n’ai pas encore lu…mais ça viendra! Joli billet.
@ Nadael : Merci !
Chaque lecture vient en son temps.
je vais le lire prochainement. La BA du film avec Lindon qui s’en inspire librement m’a donné envie de le lire!
@ Choupy : Et figure-toi que maintenant que je l’ai lu, je n’ai plus envie de voir le film. J’ai trop peur de comparer en permanence et d’être forcément déçue car 1. j’ai trop aimé ce roman et ces personnages, leurs “représentations” me décevra forcément donc, et 2. l’histoire a l’air d’avoir pas mal de différences. Donc je vais attendre un peu, qu’il croise ma route un jour à la télé et que d’ici là, mon amour du livre sera moins “présent”.
J’avais adoré ce titre et ai croisé Carrère trois jours en ligne dans le cadre du salon du livre… Quelle puissance d’évocation, particulièrement dans ce titre.
@ Lucie : Oui, j’ai vu dans ton billet que tu l’avais vu. Chanceuse ! En même temps, je ne sais pas si j’oserais aller le voir… il m’impressionne trop. (Et oui, c’est moi qui dis ça !)
Je l’avais beaucoup aimé moi aussi. Et pour le Vann, tant pis
@ Stephie : Je crois que ce David-là n’est pas pour moi.
C’est drôle je l’ai fini hier soir. Et bien que cela n’a rien à voir, je me suis précipité chaque jour dessus pour savoir la suite, comme un polar. Mort, amour, affection, la vie qui dure c’est passionnant sous la plume de Carrère.
@ C. Sauvage : Et moi, je l’ai quasiment lu d’une traite samedi, quasiment incapable de m’arrêter !
Un très beau souvenir de lecture, même si j’ai souvent lu à travers mes larmes.
@ Melanie : Oui, c’était pareil pour moi ! (Ton commentaire initial et ses doubles étaient passés directement en spam. Il doit y avoir un mot dedans qui embête WordPress… (Oui, nous sommes bien d’accord, ton comm n’a rien d’u spam ! C’est WordPress qui doit débloquer.))
J’aime beaucoup, beaucoup Emmanuel Carrère, et celui-ci m’a d’autant plus marqué que je venais d’avoir Arthur, alors forcément tu te poses la question avec encore plus de force par rapport aux personnages. Je me souviens exactement du moment où je l’ai fini, de la température de l’air, de la chaleur du soleil et des larmes sur mes joues.
Quant au film, je ne sais pas, comme je l’ai lu il y a un certain temps et que j’aime beaucoup Lindon, je me laisserai peut-être tenter.
@ Elou : Oui, j’imagine que les circonstances ont renforcé l’effet de cette lecture. C’est chouette de créer un tel lien avec un livre, je trouve !
J’ai bien envie de te proposer mon Marcel Proust roi du kung-fu! Anti-marasme par excellence!
@ Marc : Marcel, je le garde pour plus tard, pour quand j’aurai pleeeeiiiin de temps devant moi pour le savourer. (En même temps, c’est absurde : pourquoi attendre ?
)