Cinquième de couverture
Le vase où meurt cette verveine, de Frédérique Martin

« Y a-t-il autre chose à vivre, Zika, qu’entrer au service de l’amour ? »

Être humain consiste essentiellement à ne pas rechercher la perfection, à être parfois prêt à commettre des pêchés par loyauté, et à accepter d’être vaincu et brisé par la vie, ce qui est le prix inévitable de l’amour porté à d’autres individus.

1984, George Orwell

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Lorsque Zika doit se faire soigner le coeur, leurs enfants n’ont d’autres choix – en apparence – que de la séparer de son époux, Joseph. Elle part à Paris chez leur fille Isabelle, et lui s’installe à Monftort chez leur fils Gauthier. Ils se lancent alors dans une correspondance épistolaire d’un autre temps.

Vivant ensemble depuis cinquante six ans, la séparation est dure – le mot est faible – et nos deux vieils amoureux se raccrochent à leur amour pour tenir. Mais cette séparation et la co-habitation avec leurs enfants les pousseront à de dures confrontations et révèlera la face cachée de leur famille que, jusque-là, ils avaient ignoré.

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Lu d’une traite dimanche dernier (cela m’arrive assez rarement pour le souligner), ce roman m’a véritablement bouleversé !

Alors que je m’attendais à un roman sur la séparation physique d’un homme et une femme s’aimant depuis plus d’un demi-siècle, je me suis prise une claque – comme eux – en découvrant un magnifique roman sur l’amour, bien évidemment, mais aussi et surtout sur la famille. Avec comme question lancinante : bien que vivant les uns à côté des autres pendant de nombreuses années, les parents et leurs enfants se connaissent-ils vraiment ?

Dans une situation sortant de l’ordinaire pour chacun de ces membres, les rancoeurs surgissent, la colère éclate, les langues se délient et c’est toute une famille qui s’écroule. Avec, toujours, en filigrane, cet amour entre un homme et une femme qui dure depuis cinquante six ans et qui, peut-être, a aveuglé les parents qu’ils sont aussi…

Frédérique Martin a les mots juste pour parler de tout cela, des mots qui vont droit au coeur et font mal, mais qui résonnent de justesse. Un roman bouleversant que je recommande vivement !

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Écrire, oui, c’est possible, mais parler, oh, parler ! S’extraire de pauvres mots, des mots impuissants, sentir sa gorge nouée, ce poids sur la poitrine. Et ne pas pouvoir, non, ne pas pouvoir trouver une seule phrase qui soit fidèle à ce qu’on ressent. Vouloir s’expliquer et se trahir soi-même. Quelle douleur, quelle humiliation ! Cette incapacité à dire est une lèpre sèche qui ronge l’homme et causera sa perte. Il faudrait être vide et ne plus avoir matière à penser.

Frédérique Martin, Le vase où meurt cette verveine
Belfond, Août 2012

Cette entrée a été publiée le 27 février 2013 à 6:00 . Elle est classée dans Culture, Littérature et taguée , , . Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

14 réflexions sur “« Y a-t-il autre chose à vivre, Zika, qu’entrer au service de l’amour ? »

  1. c’est noté! un tel enthousiasme, ça fait plaisir à lire!!!

  2. Caroline, je vous remercie vivement pour cette belle chronique consacrée à l’amour que se portent Joseph et Zika.

  3. Pingback: Frédérique MARTIN » Blog Archive » Blogs

  4. Le , bladelor a dit:

    Où ai-je donc déjà lu un billet sur ce roman ???? En tout cas le tiens donne envie de s’y plonger derechef !

  5. Le , bladelor a dit:

    J’y suis ! C’était chez Clarabel ! Et au passage : j’adore le titre !

    • Le , Caroline a dit:

      @ Bladelor : En allant sur le site de Frédérique Martin, j’ai vu que plein de blogueuses l’ont lu, dont Clarabel, Clara, etc. Et moi je l’avais repéré chez Charlotte. Le titre du roman est le premier vers d’un poème de Sully Prudhomme, Le vase brisé.

  6. tu me donnes envie de le lire dare dare !!!

  7. Il m’attend sur mes étagères, j’en suis ravie !!

  8. Pingback: Le potentiel livresque de Frédérique Martin | Cinquième de couverture

  9. Le , Melanie B a dit:

    Magnifique extrait, et ton billet donne envie de se procurer ce livre toutes affaires cessantes.🙂

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