Cinquième de couverture
Agathe Colombier Hochberg © Caroline Verstaen

« Nous vivons dans une société où tout va très vite et nous ne prenons plus le temps de rêver. Et il faut beaucoup rêver pour écrire. »

Vous êtes un écrivain en herbe ? Alors le site internet Les Nouveaux Talents (www.lesnouveauxtalents.fr) est fait pour vous ! Vous y trouverez des chroniques sur l’actualité littéraire, des témoignages d’auteurs et de professionnels de l’édition et de nombreux conseils d’écriture. Et vous pouvez aussi échanger entre écrivains aspirants sur le forum de discussion. (Et pendant que j’y suis, je vous invite à découvrir la web série Premières lignes, reprenant les meilleurs moments d’un stage d’écriture animé par Bruno Tessarech. Une merveille !)

A l’occasion du Salon du Livre de Paris, en mars dernier, l’équipe des Nouveaux Talents a proposé a plusieurs blogueurs d’interviewer des auteurs présents. L’objectif de ces interviews ? Que des auteurs publiés parlent de leur expérience et donnent des conseils aux écrivains de demain. Impossible pour moi de résister à cette proposition ! Armée de mon enregistreur, j’ai donc arpenté pendant deux jours les allées du salon et j’ai eu le plaisir d’échanger avec Agathe Colombier Hochberg, Isabelle Alonso, Matthieu Dhennin, Bertrand Guillot et Ségolène de Margerie. De très belles rencontres que je vous invite à découvrir à partir d’aujourd’hui, ici et sur www.lesnouveauxtalents.fr.


Agathe Colombier Hochberg (copyright Philippe Matsas)

© P.Matsas

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Agathe Colombier Hochberg a publié son premier roman, Ce crétin de prince charmant, en 2003 aux éditions Mango. Depuis, elle a écrit de nombreux ouvrages, dont des romans et une série de livres sur la correspondance des grands écrivains. Son dernier roman s’appelle Rien de personnel et est paru en ce début d’année aux éditions Fleuve.

Comment êtes-vous devenue écrivain ?

En me jetant à l’eau ! J’ai toujours écrit, comme plein de gens. Il y a des millions d’écrivains qui le sont sans le savoir. Mais il m’a fallu beaucoup de temps pour imaginer que cela puisse devenir mon métier. Parce que je n’avais pas confiance en moi. Parce que, quand on est extérieur au monde de la littérature, c’est quelque chose qui semble impossible à atteindre. Face à ce qui nous fait rêver, si on n’est pas armé d’une confiance et d’une ambition incroyable, on se dit : « Ce n’est pas pour moi, c’est trop haut. »

Donc j’écrivais pour mon plaisir. J’écrivais de longues lettres. J’écrivais pour des amis, un dossier de presse, une lettre compliquée, car ils savaient que j’avais la plume facile. J’ai écrit des scénarios de long métrage, mais le monde du cinéma ne me plaisait pas. J’ai réalisé des petites interviews dans un magazine de musique aussi. J’essayais toujours d’avoir un lien avec l’écriture.

Jusqu’au jour où la personne qui était mon mari à l’époque, après que j’ai eu mon deuxième enfant, m’a dit : « Écoute, tu aimes tellement écrire, ça te coûte tellement de te lever le matin, d’aller travailler et d’être loin de nos enfants, maintenant essaie d’en faire ton métier ! Comme ça, si tu dois te séparer d’eux, ça sera pour quelque chose que tu aimes. » Nous travaillions ensemble à cette époque et il m’a dit : « Je ne veux plus te voir au bureau. » Quel cadeau ! C’était génial ! Et terrifiant, parce que, d’un coup, j’étais dos au mur et ça ne tenait qu’à moi. Alors je m’y suis mise et j’ai commencé à écrire. Et c’est ainsi que j’ai écrit mon premier roman, « Ce crétin de prince charmant ».

Comment avez-vous publié ce premier roman ?

Comme « Ce crétin de prince charmant » était une comédie contemporaine, je suis allée traîner dans les librairies et je l’ai envoyé aux éditeurs susceptibles de le publier. Je l’ai aussi envoyé à Mango, car une amie, qui avait adoré mon roman, connaissait l’attachée de presse et m’a dit de lui envoyer de sa part. Là où j’ai eu une chance inouïe, c’est que la première réponse que j’ai eue était un « oui ». J’ai eu des « non », mais qui sont arrivés après, m’épargnant ainsi la déprime de recevoir des lettres négatives. Et donc ce premier « oui », c’était Mango. La personne qui m’a appelée m’a dit : « J’ai lu votre livre, ça me plaît énormément ! » Ils voulaient le sortir très vite, avant l’été, car c’était une comédie. Donc tout s’est enchaîné et c’était formidable.

Comment vous vient l’idée d’un roman ?

Pour des comédies, je m’inspire de situations comiques vécues. Dans ma trilogie sur « Nos (pires) meilleures vacances », il y a vraiment une part de vécu ! Je me suis dit que, finalement, ce qui me fait rire dix ans après, ce sont les vacances catastrophiques que j’ai passées avec des gens géniaux et non les vacances où tout se passe bien et où nous n’avons plus rien à dire.

"Rien de personnel", d'Agathe Colombier HochbergPour mon dernier roman, « Rien de personnel », c’est différent. Le sujet, qui est beaucoup plus grave, n’est absolument pas autobiographique. Je pense que tous les artistes sont un peu des éponges. Nous absorbons, accumulons, puis à un moment, tout se met en place. Cela faisait longtemps que je m’intéressais aux problématiques de personnes célèbres. Je me demandais comment on grandissait à l’ombre d’une célébrité. Brigitte Bardot, quand elle a sorti son autobiographie, racontait qu’elle avait vécu sa grossesse comme une tumeur qui lui rongeait le ventre. Je pensais à son fils qui lisait ça et je me disais : « Quelle souffrance ! » Et puis il y a eu ce fait divers terrible, l’affaire des bébés congelés. Là, alors que je me prenais pour quelqu’un de tolérant, j’ai réalisé que j’avais des limites : je ne savais pas ne pas juger une mauvaise mère. Avec ces infanticides, nous étions dans l’extrême… mais je me suis dit que j’aimerais créer un personnage féminin qui commette un acte irréparable pour moi, celui d’abandonner son enfant – je ne voulais pas aller jusqu’à l’infanticide – et je voulais que ce soit une femme qu’on aime quand même, qui ne soit pas un monstre. Il a d’abord fallu que je me convainque moi-même. Et je me suis embarquée dans ce défi : créer l’histoire de cette femme qui allait abandonner sa fille, créer l’histoire de cette famille, et au final, à défaut de l’aimer, on allait la comprendre et lui pardonner. C’était un défi personnel, une aventure que j’ai vécue totalement seule au départ, car ça ne résonnait en rien dans mon histoire familiale. Mais c’était quelque chose dont j’avais envie de parler.

Quel conseil d’écriture donneriez-vous à un écrivain en herbe ?

S’y mettre tous les jours. Même quand on n’a pas envie, même quand on n’est pas inspiré, même quand on n’a pas d’idées. C’est un conseil que j’ai reçu de mon meilleur ami quand je lui disais : « Je n’ai pas d’idée. » J’ai écrit mes deux premiers romans spontanément, j’ai enchaîné sans problèmes. Et puis ce fut la fameuse page blanche et la panique ! Il m’a alors dit : « Ce n’est pas grave ! Tu t’en fous, tu t’y mets ! » Et c’est vrai qu’à partir du moment où on se met devant un écran, ou un bloc-notes, on note un mot, deux mots, une idée et ça vient.

Je m’astreins donc à écrire tous les jours. Je ne me fixe aucun objectif, d’heures ou de pages. Il y a des jours où ça coule tout seul. Et des jours où ça ne vient pas, et il ne faut pas essayer de se forcer. Ces moments difficiles nourrissent quand même le roman. Le lendemain – ou quelques jours après –, là où on a buté, où on avait l’impression que c’était un peu laborieux, ça devient plus clair.

Et il faut prendre des notes. Quand une idée ou une phrase nous vient, nous pensons que nous nous en souviendrons. Alors qu’en fait, nous oublions. Il faut donc prendre l’habitude de noter, par exemple les scènes anodines qui attirent notre regard, car c’est qu’il y a quelque chose à creuser. Peut-être maintenant, peut-être dans dix ans. Et quand on n’arrive pas à écrire, je conseille de sortir, de se balader et prendre des notes sur ce qu’on regarde, quelque chose qui nous dérange, qui nous plaît, qui nous séduit ou qui nous choque. Et de prendre le temps. Nous vivons dans une société où tout va très vite et nous ne prenons plus le temps de rêver. Et il faut beaucoup rêver pour écrire.

Cette entrée a été publiée le 9 avril 2014 à 7:13 . Elle est classée dans Culture, Littérature et taguée , , . Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

4 réflexions sur “« Nous vivons dans une société où tout va très vite et nous ne prenons plus le temps de rêver. Et il faut beaucoup rêver pour écrire. »

  1. Pingback: « Comme si la vie n’est pas tout à fait la vie si on n’écrit pas. » | Cinquième de couverture

  2. Chouette interview, bravo ! Et j’adore l’idée de la photo du nom manuscrit🙂 « S’astreindre à écrire tous les jours », j’ai l’impression que ce conseil vaut pour tout type de projet ! Une philosophie à la « Don’t break the chain » ;-)))

  3. Pingback: « Si j’ai un seul conseil à donner, c’est écrire, écrire, écrire. » | Cinquième de couverture

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