Cinquième de couverture
Bertrand Guillot

« Lire avec l’ambition de progresser dans son écriture »

Cette interview n’était pas prévue. Mais quand j’ai rencontré Bertrand Guillot au Salon du Livre, près de la Scène des auteurs où avait lieu une session du Labo de l’écriture, organisé par la Fondation Bouygues Telecom, j’ai sorti mon plus beau sourire, mes questions et mon enregistreur.

Bertrand Guillot est l’auteur de trois livres : un roman, Hors Jeu (paru au Dilettante en 2007, disponible aussi en poche chez J’ai lu), un document, b.a.-ba la vie sans savoir lire (paru chez Rue Fromentin en 2011) et des chroniques souterraines, Le métro est un sport collectif (paru chez Rue Fromentin en 2012). Et le quatrième – un roman – devrait voir le jour en septembre : j’ai hâte !

Comment devient-on écrivain ?

Il y a ce moment où l’on découvre qu’écrire, ce n’est pas du tout la même chose que de ressasser une pensée. Les personnes que l’on peut dire écrivain sont celles qui, à un moment, ont rencontré le plaisir de transformer leur pensée en mots, de les mettre sur le papier, et avec l’envie de les améliorer et de les partager. Quand tu te dis : « J’ai écrit une histoire et je l’envoie à des amis. », alors oui, tu as écrit. Mais si tu te dis : « Je vais la travailler jusqu’à ce que cette histoire devienne quelque chose que j’aurais vraiment envie de lire et que j’aimerais. », alors là, tu commences à devenir écrivain.

Quand mon premier roman a été édité, je me suis dit qu’il en fallait encore deux ou trois pour me considérer écrivain. Là, je vais publier le quatrième et je n’arrive toujours pas à me le dire vraiment. Et ce n’est pas très grave : être écrivain, ce n’est pas une question de statut. Moi, je suis quelqu’un qui écrit des livres. Et je pourrais, éventuellement, me dire écrivain le jour où je ne ferai vraiment plus que ça.

Comment as-tu publié ton premier roman ?

J’avais commencé par des nouvelles, mais elles étaient restées dans un tiroir. L’une d’elles était plus longue. Et un matin, je me suis mis à ma table, je l’ai ressortie et je me suis dit : « J’y vais ! » J’ai passé trois ans à écrire ce premier roman, peut-être quatre, parce que je travaillais en parallèle. Il y avait des périodes – pouvant aller jusqu’à six mois – où je n’y touchais pas. J’ai aussi pris des congés pour le terminer. Ensuite, j’ai fait tout ce qu’on disait de faire : le laisser reposer, puis le reprendre. Enfin, je l’ai envoyé à quatre maisons d’édition.

Comment as-tu choisi ces maisons d’édition ?

Hors jeu, de Bertrand GuillotJ’ai envoyé mon manuscrit à celles chez qui j’avais envie d’être publié. Et notamment Le Dilettante, auquel je pensais un peu depuis le début. Du coup, j’ai vraiment soigné ma lettre d’accompagnement. Tellement, d’ailleurs, que j’ai oublié de mettre une date. Une semaine après, l’éditeur du Dilettante m’a appelé et m’a dit : « J’ai lu votre manuscrit et j’envisage sa publication. » Je me souviens encore du coup de fil ! Et tout ça, parce que comme il n’y avait pas de date sur l’envoi, il s’est dit : « Mince ! Peut-être qu’il l’a envoyé il y a six mois et qu’on l’a oublié… » Du coup, il l’a lu rapidement. Et il l’a publié six mois plus tard.

Quel conseil d’écriture donnerais-tu à un écrivain en herbe ?

Le principal conseil que j’aurais à donner, c’est de lire avec l’ambition de progresser dans son écriture. Il faut donc lire beaucoup, avec un œil « professionnel » d’écrivain, qui cherche à comprendre ce qu’il aime et ce qu’il n’aime pas dans ce qu’il lit, pourquoi, qu’est-ce qui fonctionne et comment l’auteur a fait pour que ça produise sur lui de l’effet. Tout en gardant le plaisir de lire quand même !

Il faut aussi être attentif à ce qui ne marche pas, pour ne pas faire de la même façon. Quand on écrit, on est à la fois très exigeant et très indulgent vis-à-vis de soi-même. On laisse passer des choses qu’on ne laisserait jamais passer quand on lit un livre. Quand j’ai commencé à écrire, je lisais de bons livres, sur lesquels j’essayais de prendre exemple. Mais je lisais aussi des écrits publiés par des maisons d’édition en ligne, qui les proposaient sans même les avoir lus. Du coup, j’avais comme une grande bibliothèque de manuscrits. J’en lisais plein et je voyais ainsi des trucs qui ne fonctionnaient pas. Et parfois, quand je tombais sur quelque chose de nul, je réalisais que, dans telle de mes nouvelles, j’avais fait exactement pareil.

Comment te viennent les idées de roman ?

En général, j’ai une idée qui tourne dans ma tête depuis un petit bout de temps. C’est juste un thème, comme ça, pas encore transformé en roman, parce qu’il n’y a pas d’histoire, pas de personnages. Cela peut être quelque chose lu dans les journaux, ou une idée ressassée. Et puis un jour, cette idée-là croise une lecture, ou un truc qu’on voit dans la rue, une autre idée, et boum, de cette rencontre va naître une histoire. Puis, viennent les personnages.

Et ensuite, comment travailles-tu ?

Je suis en train d’évoluer. Au début, quand tu écris sans savoir si tu seras publié, tu te dis que ceux qui te liront, tes amis, le feront sur Word. Alors, tu estimes que la moindre des politesses, c’est de faire une histoire qui avance, qui leur donne envie d’aller jusqu’au bout, même s’ils ne la trouvent pas forcément géniale. Donc, pour m’aider, je faisais un plan assez détaillé de chaque scène. Après, je passais à l’écriture. Évidemment, en écrivant, certaines choses changeaient, mais globalement, j’allais là où j’avais décidé. Mais de cette façon, je me contraignais assez.

Aujourd’hui, je sens que l’important, c’est d’avoir un personnage. Je sais à peu près où il va et je fonce. J’invente des choses en écrivant, et ensuite, je retravaille. Je ne pense pas que j’aurais pu le faire à mes débuts, parce que cette disposition ne m’est pas naturelle. Mais avec un peu de métier, et un peu de disponibilité d’esprit et d’inspiration, je peux y aller. Je suis en train de changer mon fusil d’épaule.

Cette entrée a été publiée le 24 mai 2014 à 5:24 . Elle est classée dans Culture, Littérature et taguée , , . Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

3 réflexions sur “« Lire avec l’ambition de progresser dans son écriture »

  1. Interview très intéressant, merci

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